Biographie

Léonora Miano © Francesco Gattoni
C'est à Douala, sur la côte du Cameroun, que Léonora Miano voit le jour en 1973. C'est là qu'elle passe les années essentielles de l'enfance et de l'adolescence, périodes au cours desquelles l'être se construit. C'est donc sur les berges du Wouri, ce fameux rio dos camaroes dont les abondantes écrevisses donnèrent son nom au pays, que se firent les rencontres avec la littérature et le jazz. C'est au Collège Libermann, institution bien connue des Camerounais, qu'elle découvre la poésie de Césaire, mais aussi celle de Damas. Le premier l'ébranlera d'abord par la puissance de son esthétique - il fallut des années pour saisir le propos du Cahier d'un retour au pays natal, hardiment offert aux élèves des classes de 4ème, dans un pays qui, alors, ne manquait pas d'ambition pour sa jeunesse. La sensibilité écorchée du second la touchera profondément. Césaire et Damas ouvrirent la porte à bien d'autres écrivains afrodescendants qui nourriront la jeune Léonora, de Langston Hugues à James Baldwin. Plus tard, elle découvrira les auteurs du Black Arts Movement, Sonia Sanchez, Jayne Cortez, Nikki Giovanni, l'incontournable For Colored Girls Who Have Considered Suicide When the Rainbow Is Enuf de Ntozake Shange.

En ces années 1980 qui posèrent les bases de sa formation intellectuelle et politique, il y eut des moments fondateurs comme le visionnage du film Amok de Souheil Ben Barka ou celui du feuilleton Racines que diffusait alors la CRTV - chaîne nationale de télévision du Cameroun, qui plantèrent, dans l'esprit de la jeune fille, les germes de l'insoumission. Il y eut aussi des figures : Nelson Mandela, dont on exigeait encore la libération ; Thomas Sankara, qui fit battre le coeur des jeunes gens à travers le continent entier, leur faisant entrevoir des possibles ignorés : oser se donner un nom, habiter son vouloir propre.

Il n'est donc pas surprenant que la littérature de Léonora Miano, qui se présente volontiers comme une panafricaniste globale, s'attache à l'examen des expériences subsahariennes et afrodescendantes. A travers des personnages dont elle souhaite faire saillir l'individualité, l'auteur interroge l'impact de la grande histoire sur la petite. Pour Léonora Miano, il est primordial de s'intéresser à l'intimité de populations souvent envisagées de l'extérieur, vues essentiellement par le biais du phénotype ou du mouvement.

Son oeuvre, constituée à ce jour de sept romans, deux recueils de textes courts, un texte théâtral et un recueil de conférences, vise également à resituer les peuples subsahariens et afrodescendants dans la globalité de l'expérience humaine. A condition d'avoir conscience de l'unité du genre humain par-delà les différences culturelles et phénotypiques, chacun peut s'identifier aux tribulations intimes de ses personnages, s'approprier leur voix.

Bibliographie :

La saison de l'ombre, roman, Grasset, 2013 - Prix Fémina 2013 et Grand Prix du Roman Métis 2013

Habiter la frontière, conférences, L'Arche Editeur, 2012

Ecrits pour la parole, théâtre, L'Arche Editeur, 2012 - Prix Seligmann contre le racisme 2012

Ces âmes chagrines, roman, Plon, 2011

Blues pour Elise, roman, Plon, 2010

Les aubes écarlates, roman, Plon, 2009 - Trophée des arts afro-caribéens 2010

Soulfood équatoriale, nouvelles, Nil, 2009 - Prix Eugénie Brazier (coup de coeur) 2009

Tels des astres éteints, roman, Plon, 2008

Afropean soul, nouvelles, Flammarion, 2008

Contours du jour qui vient, Plon, 2006 - Prix Goncourt des lycéens 2006, Prix de l'Excellence camerounaise 2007

L'intérieur de la nuit, Plon, 2005 - Prix Louis Guilloux 2006, Prix René Fallet 2006, Prix Montalembert du premier roman de femme 2006, Prix Grinzane Cavour 2008 (pour la traduction italienne, catégorie : premier roman étranger). Ce roman est inscrit au programme scolaire camerounais depuis l'année 2010, pour les classes de seconde.

Léonora Miano a reçu le Grand Prix Littéraire de l'Afrique Noire pour l'ensemble de son oeuvre, en 2012.